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Jefta est un jeune artiste de 26 ans. D'origine hollandaise, il vit aujourd'hui à Mons. A travers ses œuvres numériques, il nous rappelle que la photographie est une porte ouverte sur tous les possibles et que, loin de n'être qu'une finalité, elle est également un médium au service de l'art.

Prix :
#2012 - Selection La Collection RTBF / De Canvascollectie
#2011 - AWARD Prix de la créativité - REBUILT KIKK Kontest - Namur, Belgique
#2011 - Winner of the international art competition "Changes", Luxembourg, (cultureinside)
#2010 - Selection La Collection RTBF / De Canvascollectie

Exposition :
A venir:
25 Avril 2013 a la VUB a Bruxelle - KultuurCafée
26 Avril 2013 a la fabrique de théatre pour l'exposition Carte blanche.
# Jusqu'en Juin 2013 Exposition Personnel a l'Utopia Hotel ( Peintof, Bodylighting, HumanSculpture, UvMotion ) - Mons



Passer:
#2013 Delay Canvas au PASS - Fes­ti­val Sci­en­tifique - Print­emps des Sci­ence hain­uyer
#2013 SPAMM ( collectif d'art numérique )
@ NEW YORK
#2013 Delay Canvas @ - polytechnique Mons<:a>

#2012 - Expo collective avec Alex Salvador (peintures), Marco Vaes, Jean-François Noville et Aurore Di Cesare @ la KiLi GaLerie de Bruxelles.
#2012 - EMERGENCES NUMERIQUES - ST'ART UP asbl @ la Halle aux Viande de Liège
#2012 - BIPOff2012 - Belgique
#2011 - Smells Like Mons Spirit - Belgique
#2011 - "Changes", Luxembourg, (cultureinside)
#2011 - BAM - L’inimaginable - Belgique
#2010 - Art'n Bloom - Belgique
#2010 - BAM - Parcour-40 - Belgique
#2010 - Déconstruction - Belgique
#2009 - Peintof - Belgique
#2004 - Image digital Barock café - Belgique

Biographie:
Jefta n'a que 13 ans lorsqu'il se lance dans la photographie. Son père étant un passionné, il lui emprunte son appareil photo numérique, un petit compact de qualité encore médiocre.

Il commence alors à faire des photos de tout ce qui bouge, sans réfléchir. Déjà à l'époque, il s'essaye à la retouche, même s'il n'utilise que les outils de base comme les réglages du contraste et la luminosité. Ses images plaisent, ses amis les téléchargent, s'en servent comme avatar sur Internet. Mais un jour, l'un
deux lui fait une remarque qui va tout remettre en question: "C'est tout? C'est tout ce que tu fais? Ce n'est pas grand-chose."
Et Jefta réalise qu'effectivement, ce qu'il fait est assez simple et qu'il a sérieusement envie d'aller plus loin.

N'étant pas très à son aise dans l'enseignement général, Jefta décide de se diriger vers des études artistiques, plus susceptibles de mettre ses capacités en valeur. Il s'inscrit alors à l'Institut Technique Renée Joffroy à Ath, qui propose la photographie parmi ses options. Les exercices qu'on lui impose ne le passionnent pas vraiment: des photos de petit-déjeuner, des compositions avec des clous, rien de transcendant. Mais le fait d'être encadré le met en confiance. Il acquiert de bonnes bases en éclairage et surtout, il apprend à concevoir un projet. En effet, pas question d'improviser ses clichés: les professeurs exigent des croquis préparatoires avant de mettre le studio photo à disposition des élèves. Une exigence détestable sur le moment, mais dont

Jefta admet l'importance après coup: "Avant de se lancer, c'est important de réfléchir, de savoir où l'on va, quitte à changer certains détails au moment de la prise de vues."

Au niveau scolaire, ça se passe donc plutôt bien pour lui. Mais son apprentissage en photographie, il l'a majoritairement fait tout seul: même si l'école lui a permis de faire ses premiers pas, Jefta doit faire face à des problèmes d'ordre personnel et quitte l'établissement au bout de six mois. Quand il reprend ses études, c'est vers l'infographie publicitaire qu'il se dirige. Il entreprend une formation en trois ans et s'y donne corps et âme. Au bout d'un an, Jefta estime avoir acquis toutes les compétences qu'il avait à apprendre. Il termine systématiquement ses travaux en avance, ce qui lui laisse beaucoup de temps pour s'adonner à la photographie de façon autonome en parallèle à ses études:

"Il y a plusieurs possibilités d'apprentissage de la photographie; bien sûr, il y a
d'un côté l'école, mais il y a aussi la vie"
, nous explique-t-il. "A mes yeux, il n'y a pas de meilleur moyen d'apprendre qu'en pratiquant, donc il ne faut pas avoir peur, il faut y aller. Apprendre la photographie, c'est comme apprendre une langue. J'ai beaucoup d'amis qui ont étudié le néerlandais ou l'anglais et qui connaissent la grammaire, les temps primitifs, mais qui n'ont jamais eu de vraie discussion avec quelqu'un. Résultat: ils sont incapables d'avoir une conversation poussée. Pour apprendre l'anglais, il faut regarder des films en anglais, il faut oser parler anglais avec quelqu'un; la photographie, c'est pareil. Tu peux faire des années d'études, ça ne sert à rien si tu n'expérimentes pas. Il faut vraiment lâcher prise. Avec le numérique, aujourd'hui, c'est d'autant plus facile: on voit immédiatement le résultat, on peut corriger tout de suite ce qui ne va pas."

Jefta nous confie qu'au début, il ratait beaucoup ses photos argentiques, ce qui l'amenait à payer le développement d'un film sur lequel il n'y avait rien de bon: au final, il n'osait même plus déclencher. Or, même si c'est important de réfléchir avant d'appuyer sur le déclencheur, de ne pas photographier n'importe quoi sans réfléchir, il ne faut pas non plus avoir peur de prendre des photos. C'est là tout l'intérêt du numérique. Aujourd'hui, n'étant plus limité par le prix de la pellicule,
Jefta n'hésite pas à prendre plusieurs photos du même sujet. Lorsqu'il fait des photos de mode, par exemple, et que la modèle fait une pose qu'il aime bien, il en fait trois photos avec un angle légèrement différent et choisit la meilleure sur l'ordinateur. "L'argentique ne permet pas vraiment ça, en tout cas pas à moindres frais", explique-t-il. "Le numérique représente un investissement de départ mais, au final, la photo est devenue quelque chose de très abordable."

Heureuses rencontres
Si la vie est la meilleure des écoles, c'est aussi pour les rencontres qu'elle permet. Jefta a toujours eu un assez bon contact avec les artistes, dont certains lui ont beaucoup appris. Il doit notamment beaucoup à un certain photographe de Huy, se surnommant Linographe (http://www.linographe.be/).
Ce dernier rassemblait plusieurs photographes et modèles pour des weekends entiers de prises de vues, leur permettant ainsi de s'exercer mais aussi de se confronter au travail des autres, d'échanger des idées,des conseils, des manières de faire.

Une autre rencontre enrichissante est celle de Jefta avec l'un de ses professeurs. Après obtention de son CESS en infographie publicitaire, Jefta commence à étudier les arts numériques au Carré des Arts, à Mons. Si l'atelier lui plaît, c'est pourtant son cours d'Histoire de l'art contemporain qui va le lancer sur la voie de ses projets actuels. Le cours est dispensé par Christophe Veys, qu'il n'hésite pas à appeler son "mentor" du moment. Pourquoi? Tout d'abord parce qu'il lui a donné les clés de ce qu'était l'art contemporain. Jefta étant par nature quelqu'un de plutôt figuratif, l'art abstrait et l'art minimal lui échappaient complètement. Ensuite, parce qu'au travers de ses cours, son professeur lui a fait découvrir énormément d'artistes: "C'est quelque chose de très important, il faut savoir ce qui se fait autour de soi pour arriver à se faire soi-même", explique-t-il. C'est ainsi que Jefta
repère de nouvelles sources d'inspiration, notamment à travers le body art, qui l'a amené à commencer son premier vrai projet de série photographique, la série "Peintof".

Dans "Peintof", sa première série, Jefta recouvre le corps de ses
modèles avec de la peinture, et les photographie avec un certain éclairage. Mais il ne s'arrête pas là: au lieu de les retoucher sur Photoshop, il en peint une copie et ensuite mélange la photo avec la
peinture qu'il en a faite. Il imprime enfin l'ensemble sur toile. Il met ainsi le spectateur face à une œuvre hybride, ambiguë, qui ressemble à une peinture par le côté très brut de la matière mais qui ne peut de toute évidence pas en être une, de par les détails du corps qui apparaissent. C'est cette incohérence qui intéresse Jefta, ce questionnement qui naît chez le spectateur. Il aime jouer avec les frontières des genres, et il avoue qu'il le doit en grande partie à l'ouverture d'esprit que lui a apportée son cours d'art contemporain.

A l'école, Jefta apprend notamment à créer des programmes informatiques. Plus passionné par l'image que par les mathématiques, il se demande comment il pourrait marier programmation et photographie. C'est comme ça que sont nées ses séries "Déconstructions" et "HumanSculptures".

Les "Déconstructions" de Jefta sont, pour faire simple, des photographies déconstruites et recomposées par l'intermédiaire d'un programme qui sélectionne des plages de couleur à copier ou ignorer. Il s'agit de tout un travail sur le pixel. Au début réalisé avec une webcam, Jefta décide ensuite d'en faire une version haute définition: "Pour moi, une bonne définition, c'est quelque chose d'essentiel. Personnellement, en tant que photographe, j'ai de très mauvais yeux, je n'arrive à capter les petits détails de loin", confie-t-il. "La photographie, elle, peut capter des choses que l'œil ne peut pas voir, c'est ça qui me passionne."

Quant aux "Humansculpture", elles partent d'une volonté de travailler sur la chronophotographie, la photographie liée au temps. Dans son cours de programmation, Jefta met au point un petit programme qui fait une photo toutes les minutes, ou toutes les secondes, selon les réglages qu'on lui impose. Le mouvement du modèle photographié est alors décomposé, toujours d'après des plages de couleur sélectives. Le résultat visuel fait penser à une sculpture: "C'est ça qui m'intéresse. A la base, je suis photographe, mais je suis aussi passionné par l'ensemble des arts visuels", explique Jefta. "La sculpture, c'est quelque chose d'inaccessible pour moi, donc j'ai essayé d'arriver, en deux dimensions, à rendre un effet de volume, comme si je sculptais les corps dans l'espace numérique."

Au final, il semble évident que ce qui anime Jefta dans ses projets, c'est la passion de l'image. Même s'il avoue être quelqu'un de très technique, pour lui, une bonne image n'est pas forcément une image réussie techniquement, mais une image qui raconte quelque chose. Faire une photo, c'est construire une image sur base de règles qu'il faut certes connaître, mais que l'on n'est pas obligé de suivre. Pour Jefta, un bon photographe, c'est quelqu'un de passionné, quelqu'un qui développe une vision personnelle, un concept, quelqu'un qui produit des images fortes, et ce peu importe qu'elles soient toutes floues ou toutes noires, si elles touchent celui qui les regarde.

propos recueilli par : Jennifer Christine pour le magazine "Eduquer"